Le ravissement de Lol V. Stein

Le ravissement de Lol V. Stein est un roman de Marguerite Duras qui m’a laissé une impression étrange. Je n’en ai pas particulièrement apprécié la lecture, mais je n’ai pu m’empêcher de le terminer.

MD (1)
Photographie de la jeune Marguerite Duras

Marguerite Duras a écrit ce roman en 1964. Elle y dépeint un être qui cesse d’exister, tout simplement, qui ne vit que dans la réflexion du regard des autres. Elle illustre la folie et le désir malsain qui parfois rongent l’existence de l’être humain.

Le titre comporte le nom de Lol, indicateur, pour le lecteur, qu’elle en est le personnage principal. Pourtant, ce n’est jamais elle qui raconte, elle se fait raconter. Par le narrateur, Jacques Hold, qui est amoureux d’elle et tente de raconter sa vie en émettant des hypothèses sur celle-ci et également par Tatiana Karl, amie d’enfance de Lol et amante de Jacques Hold.

De ces deux personnes et toujours de leurs points de vue, l’on obtient le récit de l’existence de Lol, bien qu’elle semble la subir, en être la victime. En fait, c’est son désir de ne pas exister qui lui permet de vivre. Le roman s’amorce sur la description d’une scène dans laquelle Lol, se trouvant au bal au Casino de T. Beach, voit son amoureux danser avec une autre – pour laquelle il semble éprouver de forts et inexplicables sentiments. Lol ne crie pas, elle ne fond pas en larmes, elle ne souhaite pas quitter la pièce : elle n’a le désir que de regarder. « Il paraissait que les chances qu’aurait eues Lol de souffrir s’étaient encore raréfiées, que la souffrance n’avait pas trouvé en elle où se glisser». Comme si elle n’était même pas humaine. Elle ne veut pas que cette nuit se termine, parce qu’alors sa vie deviendrait – ou redeviendrait – vide de sens.

Des années plus tard, une fois mariée avec un homme pour lequel elle ne ressent rien, elle trouve son seul plaisir à déambuler dans les rues, à observer la vie des autres. Ce plaisir atteint son paroxysme lorsqu’elle aperçoit Jacques Hold, amant de son amie Tatiana, et qu’elle consacrera son temps et son énergie à s’infiltrer dans leur vie intime pour les observer.

Lol aime l’amour. Elle a besoin de lui sans savoir comment l’accueillir, sans le ressentir nécessairement. Enfin, elle le ressent, mais, encore une fois, seulement à travers les autres qui eux le ressentent. Elle éprouve sans doute du désir pour Jacques Hold, seulement, elle ne l’aime pas. Lorsqu’il lui propose de quitter Tatiana Karl pour elle, elle « se laisse glisser sur le sol, muette, elle prend une pose d’une supplication infinie : Je vous en supplie, je vous en conjure : ne le faites pas. » Elle sait que son bonheur se trouve dans la contemplation plutôt que dans l’action.

Plus l’on en  apprend sur Lol, moins on arrive à la saisir, puisqu’elle ne vit pas comme les autres. Pour vivre elle doit satisfaire ce désir de voyeurisme. Elle a apprivoisé sa folie, l’a intégrée entièrement à son corps et ne fait plus qu’un avec elle. Elle devient amie et complice de la recherche de son bonheur, aussi éphémère et malsain soit-il. Le « ravissement » de Lol V. Stein, c’est cela.

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