Les salons littéraires et les femmes

Les salons littéraires ont accueilli les plus grands intellectuels du  XVIIe au XXe siècle. Ils ont marqué non seulement l’histoire de la littérature mais également l’Histoire. Plus que de simples réunions, ils ont formé les esprits de l’époque, la morale, le goût littéraire, la critique, la diffusion de la culture. Avant de me renseigner davantage sur le sujet, je voyais les femmes issues de la haute société qui ont tenu ces salons avec une certaine admiration, voire fierté…

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Lecture de l’Orphelin de la Chine de Voltaire, dans le salon de madame Geoffrin – Malmaison 1812

L’expression, selon l’article qu’Antoine Lilti a rédigé pour l’encyclopédie en ligne Universalis, fait référence aux réunions se déroulant dans la demeure d’un hôte désigné, accueillant de façon régulière des écrivains, des poètes, des musiciens, des philosophes, des hommes de sciences ou de politique. L’hôte de la soirée est généralement une femme, bien que cela ne soit pas systématique.

Lilti estime que le salon littéraire est, et je cite « le lieu idéal d’affirmation du rôle culturel accordé aux femmes » et qu’il leur permet de jouir d’une relative liberté. Elles y ont, en effet, le pouvoir de choisir leurs invités, d’animer et de diriger la conversation, de recevoir les hommages des hommes les plus élégants. Il ne manque cependant pas d’observer que les femmes restent malgré tout cantonnées à leur rôle traditionnel, contraintes de se plier aux normes de la bienséance féminine : retenue, modestie, refus de l’érudition.

Tel que le souligne également Roger Picard dans son étude Les salons littéraires et la société française 1610-1789, rares ont été les femmes savantes qui ont activement et pertinemment participé aux discussions. Il suffisait qu’elles maîtrisent un tant soit peu l’art de la conversation.

Il faut surtout que l’hôtesse ait du tact, qu’elle sache interrompre avec grâce une conversation qui s’égare sur des sujets dangereux, qu’elle arrête avec esprit des dialogues prêts à tourner à l’aigre, qu’elle mette chaque causeur à son aise et donne à tous le sentiment qu’on peut parler chez elle en toute sécurité.

– Roger Picard, Les salons littéraires et la société française 1610-1789, 1943, p.13

Les femmes ont donc amorcé leur visibilité – peu glorieuse – dans l’histoire littéraire ainsi, en tenant des salons littéraires qui mettaient en valeur des hommes.

J’achève ce billet par la vive recommandation du roman de Maupassant Notre coeur, oeuvre délicieusement satirique de cet univers que l’auteur a bien connu.

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