Le suicide dans le roman du XIXe siècle

Le suicide est apparu très tôt dans l’histoire de la littérature et ses représentations sont aussi nombreuses que variées. Le « Mal du Siècle », qui s’est emparé d’une génération, se reflétera profondément dans la littérature du XIXe siècle. Celle-ci, à l’ère du romantisme, rend admirable le fait de mettre fin à ses jours, acte souvent présenté comme seule échappatoire d’une réalité douloureuse.

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Le voyageur contemplant une mer de nuages, 1818, Caspar David Friedrich, conservé à la Kunsthalle de Hambourg

La mauvaise mort 

Au Moyen-âge, le suicide était une insulte envers Dieu, un crime abominable, et c’est la famille des suicidés qui en subissait les conséquences. C’est assimilable même à un homicide : tuer un être sur lequel nous n’avons le droit ni de vie ni de mort. Dans la première moitié du XIXe siècle, le suicide n’est plus condamné par la loi civile, toutefois, il reste l’objet de condamnations morales.

Une liberté individuelle 

George Sand est une romancière française (son véritable nom étant Aurore Dupin) et dont j’admire beaucoup le talent et la vivacité d’esprit. Indiana, paru en 1832, est son premier roman, dans lequel le suicide apparaît comme un acte réfléchi. Il est la seule issue pour un être pessimiste vivant dans un monde qui ne lui convient pas car la convention y règne. Il est ainsi lyrique, admirable : un acte d’opposition à la société par excellence.

Dans ce roman, George Sand exige un droit de décider de sa propre mort, c’est une liberté individuelle. Elle se détache de ses compères romantiques en ce sens; s’ils racontent un suicide, ils ne le prônent d’aucune façon et le déplorent même. Elle résiste à la condamnation du suicide par les autorités religieuses et la morale de ce temps. Ses personnages n’obéissent pas aveuglément au dogme catholique, toutefois, Indiana reste tout au long du roman partagée entre son désir de mettre fin à ses jours et sa foi. Ce que je trouve particulièrement intéressant, c’est qu’elle ne renonce pas à cette dernière pour se suicider, elle y puise plutôt le courage de passer à l’acte. N’est-ce pas le rôle que la foi devrait toujours jouer ? Sand fait ici la distinction entre institution religieuse, contre laquelle elle s’insurge avec dignité, et foi, sans commettre l’erreur (trop commune) de rejeter la première en méprisant la dernière et le concept même de religion.

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Paris : Éditions Calmann-Lévy, (date inconnue), illustration de Maurice Toussaint

Bref, il est pertinent d’étudier le phénomène du suicide du point de vue de la littérature – et tout particulièrement au siècle où la question est méditée de toutes parts en sciences sociales. C’est au XIXe siècle que s’instaure le désir d’interroger la mort volontaire, ses motivations et ses conséquences. Encore aujourd’hui, elle fait l’objet de polémiques et ne laisse personne indifférent.

Quant à moi, je pense qu’ultimement, le suicide relève de la décision du suicidé et du suicidé seul, qui a considéré que c’était la chose à faire. Ce sont les spéculations et les représentations qui restent aux vivants.

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One Comment

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  1. Souvent une solution finale à un problème temporaire, comme on l’entend parfois ?
    PL

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