Une anecdote

J’ai choisi, pour ce deuxième billet de blogue et pour poursuivre avec la thématique du premier : Le paradoxe du roman,  de me lancer dans l’écriture d’un micro-récit : une anecdote. Elle porte sur un fait banal qui s’est déroulé il y a quelques années et dont, curieusement, je me suis souvenue : le vol d’un sac de bonbons – que je m’étais procuré plus tôt dans la journée et que j’entreposais dans ma chambre en attendant le moment optimal pour les manger – par mon petit frère qui était alors très jeune. La description de la scène n’est pas exacte, pourtant, j’ai tenté de la rapporter en me l’appropriant, en lui transmettant l’essence d’une interprétation et de la beauté pour en accroître l’intérêt :

Château_de_Chantilly-Salon_de_Musique-Mobilier-20120917.jpg
Salon de Musique, Château de Chantilly (France) – image libre de droits

« Veiller à toujours garder mon visage à une distance raisonnable de tout reflet; ainsi préservais-je ma beauté. Rivée devant le miroir de ma salle de bain, je me félicitais de n’être aujourd’hui ni belle, ni laide – car il était ennuyeux de gaspiller une journée de beauté à l’école, et que ce l’était tout simplement d’être affreuse.

   Je fis couler de l’eau pour me laver le visage, et c’est en me redressant que j’aperçus, dans l’interstice entre la porte et le cadre, un peu plus bas que la poignée, un œil tout empreint de malice qui m’épiait. Amusée, je soutins son regard, mais il disparut aussitôt en un éclat de rire argentin.

   Riant à mon tour, la figure dégoulinante d’eau, je m’élançai à la poursuite de mon petit frère dont l’air espiègle laissait deviner le triomphe de quelque mauvais coup. Il m’entraîna dans le long couloir, puis autour de la haute table à manger, et jusqu’à travers le dédale d’antiquités, de tableaux, d’armures qui peuplaient le salon où je le vis se faufiler lestement derrière un fauteuil. Sur la pointe des pieds je m’avançai doucement vers lui ; se fit alors entendre le son de ce qui me sembla être un morceau de papier que l’on froisse…

   — Justin, murmurai-je aussitôt, je sais que tu as volé mes bonbons !

   Je bondis sur le fauteuil, puis penchai la tête par-dessus le dossier pour le surprendre. Il sursauta en levant vers moi ses grands yeux innocents, mais ils ne me trompèrent pas cependant que je m’attardai sur ses lèvres que les bonbons avaient légèrement colorées de vert.

   — Où sont-ils ?

   Il m’apparut bientôt qu’il n’avait nulle intention de me les rendre, et, sans rien montrer de l’agacement qui me gagnait, j’entrepris de lui raconter une histoire :

   — Il y a très, très longtemps – ni toi ni moi n’étions nés –, vivait, dans la clairière d’une immense forêt, une toute petite créature. Elle était si minuscule que son logis de chênes et de cèdres n’était pas plus grand qu’une garde-robe – une petite garde-robe. Un jour, un ingénu promeneur qui se trouvait être charpentier vient à passer par-là, et en aima tant l’emplacement qu’il souhaita sur l’heure s’y installer. Ainsi, à la petite garde-robe se greffa une pièce plus grande, et puis une autre, et puis une autre encore. La maison devint si grande et si coquette que l’on en oublia la garde-robe, et avec elle, la petite créature. Cette maison, tu ne me croiras pas, c’est la nôtre. Et la garde-robe, c’est celle dans ma chambre ! Tu pourrais y déposer les bonbons ? La créature en serait très heureuse, il y a longtemps qu’elle n’en a pas mangé. Et ne dis rien aux parents…

   Il hocha la tête avec sérieux, puis se précipita en direction de ma chambre. »

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