Le paradoxe du roman

J’adore lire, et surtout, j’adore lire des romans. L’origine de ce délectable genre littéraire remonte à l’Antiquité, mais la forme sous laquelle nous le connaissons aujourd’hui existe depuis le XIXe siècle. C’est également à cette époque que la publication de romans-feuilletons dans les quotidiens le rend accessible à tous et à toutes.

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Paris : Éditions Calmann-Lévy, (date inconnue), illustration de Maurice Toussaint

L’antithèse

Au début du XIXe siècle s’amorce l’ère du romantisme, courant qui privilégie l’expression du moi et l’intériorité des personnages, souvent illustrées métaphoriquement par la description lyrique du décor et des paysages grandioses dans lesquels ils évoluent. Bref, ce que l’on attend du roman.

Le courant réaliste, qui apparaît vers la deuxième moitié du XIXe siècle – en réaction au sentimentalisme de son prédécesseur, se définit par la volonté de décrire la vie quotidienne sans chercher à l’idéaliser ou la sublimer : le plus « objectivement » possible.

Cette définition est une antithèse en soi, puisque toute œuvre artistique est l’expression de son créateur, et que toute représentation implique un regard subjectif, une interprétation de la réalité. L’objectivité, selon le dictionnaire Larousse, est « la qualité de ce qui est conforme à la réalité, d’un jugement qui décrit les faits avec exactitude ». L’objectivité, en admettant qu’une telle chose existe, n’est certainement pas possible en littérature. D’ailleurs, l’écriture comme la lecture d’une œuvre est subjective : il y a autant d’interprétations possibles qu’il y a de lecteurs, parce que chacun lit et perçoit selon sa vison et ses expériences, et sera touché différemment par des moments du récit selon son vécu.

Pourquoi l’on vit très bien avec cette antithèse

Il y a une historienne et archiviste française, Arlette Farge, qui s’est interrogée sur l’ambiguïté des sources qu’elle travaille chaque jour. Elle souligne, avec perspicacité, que l’Histoire se compose d’abord et avant tout d’histoires, et en appelle à la fiction pour construire du sens.

La réflexion proposée par Arlette Farge a ranimé le paradoxe du roman, qui, d’ailleurs, fut soulevé dès sa naissance. La vérité peut-elle être transmise par la fiction ? La représentation d’un fait que s’approprie un auteur a-t-elle le potentiel d’atteindre une crédibilité plus pure que la réalité elle-même, si l’on considère que l’objectivité n’existe pas ?

Louis Aragon, dans la préface de son roman Les cloches de Bâle, publié en 1934, écrit : « Ce qui est menti dans le roman sert de substratum à la vérité. On ne se passera jamais du roman, pour cette raison que la vérité fera toujours peur, et que le mensonge romanesque est le seul moyen de tourner l’épouvante des ignorantins dans le domaine propre du romancier. »

À nous, désormais, d’exploiter la non-existence de l’objectivité pour faire passer son message en toute esthétique.

Most men, they’ll tell you a story straight through. It won’t be complicated, but it won’t be interesting either. –  Edward Bloom, protagoniste de Big Fish

Tim Burton a très bien su remplir ce mandat dans son film Big fish (2003) dont je vous laisse, en guise de conclusion de ce billet, la bande-annonce :

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2 Comments

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  1. Belle réflexion Raphaële pour ce premier billet. Le ton est-il donné ? Votre texte, habilement rendu, m’a fait penser à cet essai à propos d’un ouvrage de Stefan Zweig sur Marie Stuart…

    https://narratologie.revues.org/6113

    Bonne continuation !

    PL

    Liked by 1 person

    • raphaelelaforce 12 Feb 2017 — 2:49 am

      Merci beaucoup. Je crois, en effet, que le ton est donné !

      J’ai lu ce livre, mais je ne connaissais pas cet article qui s’est révélé très intéressant et à propos, merci de me l’avoir partagé.

      Raphaële

      Liked by 1 person

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